Durant leur campagne, les partisans de l’initiative anti-minarets avancent surtout un argument : celui du danger que ferait courir la présence de musulmans à nos valeurs démocratiques. On agite toutes sortes d’épouvantails, de la burqa au tribunaux islamiques, en passant par la dispense de certaines activités scolaires pour raisons religieuses.
Pourtant, notre ordre juridique impose déjà des limites claires pour empêcher l’éventualité que des revendications qui portent atteinte à nos valeurs démocratiques aboutissent. Voici quelques réponses aux craintes qui reviennent fréquemment dans le débat actuel :
-Voile et burqa : il serait contraire à nos valeurs que la Suisse, pays de liberté, empêche les femmes qui voudraient librement porter le voile de le faire, car cela relève de la liberté personnelle. Quant à la burqa, ce problème est bien éloigné de la communauté musulmane suisse, qui vient pour plus du 80% des pays des Balkans, où la burqa ne fait pas partie des traditions. Utiliser le symbole de la burqa, l’habillement des femmes musulmanes dans quelques pays du Moyen-Orient, comme prochaine étape d’une prétendue islamisation de la Suisse est donc particulièrement fallacieux dans un débat sur l’islam en Suisse.
-dispenses de cours : les partisans de l’initiative anti-minarets agitent aussi le spectre de musulmans qui ne voudraient pas s’intégrer, dès la scolarité, pour des raisons religieuses. Mais cette peur ne résiste pas à l’épreuve de la réalité : nos tribunaux refusent en principe ce genre de dispenses (le Tribunal Fédéral a au l’occasion de développer les nécessités de l’intégration des écoliers à toutes les activités scolaires dans un arrêt du 24 octobre 2008). Le refus de telles dispenses touchent d’abord…les chrétiens! Ils sont en effet plus nombreux à demander des dispenses de cours pour raisons religieuses que les musulmans.
-carrés musulmans dans les cimetières : les carrés musulmans n’ont provoqué aucun problème. Cela n’empêche pas les initiants de les dépeindre comme une menace. Au nom de quoi? On n’a toujours aucune réponse. D’autant qu’une telle interdiction de carrés musulmans dans nos cimetière serait contraire à la liberté de religion. La mort et l’inhumation sont dans toutes les cultures étroitement liées aux pratiques religieuses. Vouloir imposer la même inhumation, les mêmes tombes, le même rituel pour tous quelle que soient les croyances du défunt et de sa famille, viole la liberté religieuse.
-soins hospitaliers : les partisans de l’initiative anti-minarets jouent sur la médiatisation d’affaires qui concernent des musulmans refusant les soins d’un soignant de l’autre sexe. Mais ces affaires, qui sont rares mais très médiatisées, ne surviennent pas en Suisse, qui connait une communauté musulmane d’origine européenne et bien intégrées, pour qui le contact avec des soignants de l’autre sexe ne pose en général pas de problème. D’ailleurs, il est intéressant de constater que les initiants ne donnent jamais d’exemples suisses. Quand on n’a pas de problèmes chez nous, rien ne sert de les inventer!
-tribunaux islamiques : là encore, jamais un musulman en Suisse n’a demandé l’application de la charia. Et d’ailleurs, comme pour la non-mixité dans les soins hospitaliers, les initiants sont bien en peine de nous donner un exemple concret d’affaires se réglant par la charia en Suisse. Cela relève avant tout d’un fantasme, largement alimenté par les médias qui nous rapportent de tels cas dans des pays autoritaires bien éloignés du nôtre, que ce soit sur le plan politique ou géographique.
En réalité, cette campagne nous montre que les plus méfiants envers l’ordre juridique suisse sont les partisans de l’initiative, car ils ne font pas confiance à nos institutions pour apporter des réponses claires aux questions posées par nos minorités religieuses. Or, ces réponses existent et notre droit a déjà posé une frontière claire qui prend en compte liberté religieuse des minorités et respect de nos valeurs.
Mais surtout, il est délicat d’agiter le spectre de supposées revendications sans exemples précis et solides. Des exemples qu’on attend toujours. Le 29 novembre, je ferai confiance à mon pays, à son ordre juridique et à ses institutions qui traitent déjà efficacement des questions posées par l’islam en suisse. Je voterai donc NON à l’initiative anti-minarets.
Samuel David


